La réconciliation (M. Van Herck)

Faute, culpabilité, pardon, réconciliation autant de mots avec lesquels nous avons à nous réconcilier. Pour les uns, ils évoquent une éducation sévère, l'obligation de pardonner, la culpabilité parce qu'ils n'y sont pas parvenus. Pour d'autres, c'est la nécessité de réprimer des sentiments de rancune, de colère, de haine, estimés inavouables. Pour d'autres encore, c'est un passé révolu de culpabilité et de péché dont la psychologie les a heureusement débarrassés. Nous rencontrons toute la palette des réactions au fil de nos visites aux malades et aux personnes âgées. Et nous-mêmes, ne sommes-nous pas parfois en peine de pardonner et de (nous) réconcilier, accablés sous le poids de nos fautes ?

La réconciliation va de pair avec le pardon. Beaucoup cherchent à vivre réconciliés avec eux-mêmes et avec leurs proches. Mais ils s'en sentent incapables, tant leur histoire semble lourde. "Autour d'eux, ce n'est que querelles et discordes !" constatait déjà le prophète Habacuc (1, 3). "Et en eux" oserais-je ajouter ?

La bible décrit l'intervention du Christ en notre monde comme l'oeuvre de réconciliation par excellence. Et la première communauté chrétienne avait fait de la concorde entre les hommes sa caractéristique : "ils ne faisaient qu'un seul coeur et qu'une seule âme" (Ac 4). Quant aux évangiles, ils nous révèlent les pratiques mises en oeuvre pour vivre en réconciliés et en pardonné "jusqu'à septante fois sept fois" (Mt 18, 21).

Le pardon est une libération, une remise de dette : il renvoie à la faute et vise à sa remise effective, à sa suppression. Le pardon est donc un accord. Quant à la réconciliation, elle est une pacification, un apaisement. Elle évoque des tentatives de rapprochement. Elle rapproche les hommes entre eux et elle rapproche de Dieu. Elle est restauration de la communion. Elle n'est possible que s'il y a pardon préalable.

Déchirés en nous-mêmes, déchirés entre frères, séparés de Dieu, nous aspirons tous à la réconciliation et au pardon. (...) En ces temps de Carême et de Pâques au cours nous sommes tout spécialement invités à de telles démarches. Les chemins que nous pourrons emprunter, pour nous-mêmes ou avec d'autres, nous conduiront peu à peu - si Dieu le veut - à en découvrir la grandeur. Si nos efforts ont leur importance, ils s'avèrent insuffisants et nous ouvrent à la révélation d'un Dieu "plus grand que notre coeur" et avec la liturgie pascale nous oserons chanter : "O heureuse faute qui nous valut pareil rédempteur !".