La contrition (M. Zundel)

Il ne s'agit pas de regarder notre passé, de le soupeser, de l'analyser, en raison des fautes que nous avons commises. On peut se lamenter éternellement sur le bien qu'on n'a pas fait, on peut se lamenter éternellement sur le mal commis : on ne fait que tourner autour de soi et il y a bien souvent dans la pseudo-contrition dont on s'afflige une simple blessure d'amour propre. Ce qu'on regrette, finalement, c'est précisément d'être blessé dans son amour-propre.

Mais être blessé dans son amour-propre, ce n'est pas encore une contrition : la vraie contrition porte uniquement sur ceci : je n'ai pas aimé l'Amour. "Je pleure, comme disait Jacopone de Todi, je pleure parce que l'Amour n'est pas aimé." - "Io piango perchè l'Amore non e amato."

C'est ça l'unique motif d'une vraie contrition : je pleure parce que je n'ai pas aimé l'Amour. Mais, si nous pleurons vraiment parce que nous n'avons pas aimé l'Amour, il ne s'agit pas de nous attarder dans ce regard tourné vers le passé, car il n'y a qu'une seule façon de réparer nos manques d'amour, c'est de mettre les bouchées doubles et d'aimer mieux aujourd'hui, car la vraie contrition, finalement, se confond avec un acte d'amour.

Inutile de gémir parce qu'hier nous avons omis de faire le bien. Il s'agit aujourd'hui de devenir le bien, il s'agit aujourd'hui d'aimer. Et c'est pourquoi un être peut, en un instant, comme la Madeleine, comme la femme adultère, comme le bon larron, devenir un saint si le retournement de lui-même va jusqu'à la racine de l'être, et si toute sa personne n'est plus qu'un élan vers Dieu.

Ne nous attardons pas à notre passé, ne ressassons pas les péchés que nous avons commis. Ne nous perdons pas dans d'inépuisables examens de conscience. C'est vraiment du temps perdu. C'est maintenant, aujourd'hui, que tout commence et c'est ce qu'il y a de merveilleux dans l'Evangile : tout commence.

("Je parlerai à ton cœur" de Maurice Zundel)