Nouveau Notre Père

Communication de la Conférence des évêques francophones de Belgique concernant la prière du Notre Père

« Le 9 mars 2017, les évêques francophones de Belgique ont décidé que la version du Notre Père prévue pour la nouvelle traduction du Missel romain en langue française pourra être utilisée dans nos communautés dès le week-end de Pentecôte des 3 et 4 juin 2017. La sixième demande du Notre Père ne sera plus : « Et ne nous soumets pas à la tentation » mais : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ».

La formule en usage depuis 1966 - « ne nous soumets pas à la tentation » - n’est pas fautive d’un point de vue exégétique mais elle pouvait donner à penser que Dieu pourrait nous soumettre à la tentation, nous éprouver en nous sollicitant au mal. Le sens de la foi nous indique que ce ne peut pas être le sens de cette sixième demande. Ainsi, dans la lettre de Saint Jacques, il est dit clairement que Dieu « ne tente personne » (Jc 1, 13).

La mise à jour du nouveau missel romain en français comprendra cette version du Notre Père qui a déjà été validée par la Congrégation du Culte divin et les conférences épiscopales des pays francophones. Comme les communautés catholiques néerlandophones de Belgique et celles des Pays-Bas utilisent depuis l’Avent 2016 une nouvelle version du Notre Père, nous avons pris la décision pour la Belgique d’adopter dès la fête de Pentecôte cette nouvelle formulation du Notre Père en langue française. »

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1. Ne nous soumets pas à la tentation (depuis 1966)

Qui est ce Dieu qui nous tenterait, nous soumettrait à la tentation, nous pousserait à commettre le mal et à pécher contre lui, contre nous-mêmes et nos frères humains ?

Le tentateur n'est pas Dieu. Le tentateur, la Bible l'appelle le diable, du grec diabolos, ce qui divise, sème le doute, crée la zizanie.

Si tu es le Fils de Dieu… murmure-t-il à Jésus tenté au désert. Son objectif est de mettre en doute la relation que le Fils entretient avec son Père, de le séparer de Lui.

Le tentateur n'est pas Dieu, mais le diable.

 

2. Ne nous laisse pas entrer en tentation (en Belgique francophone à partir de la Pentecôte 2017)

2.1. Prier ainsi a l'avantage de ne pas présenter Dieu comme le tentateur, mais comme un Père qui connait bien ses enfants et qui sait qu'une fois entrés en tentation, ceux-ci risquent fort de perdre la confiance en Lui et de s'éloigner de leurs frères.

"Père, tu sais qui nous sommes avec nos limites, nos fragilités, nos faiblesses… Face à la tentation, nous risquons gros pour notre confiance en toi, pour notre bienveillance envers nos frères… alors nous t'en prions : ne nous laisse pas entrer en tentation.

Père, si tu nous connais, nous aussi nous savons de quoi nous sommes capables, du meilleur et parfois du pire, alors nous t'en prions : ne nous laisse pas entrer en tentation."

 

2.2. Et quand la tentation survient, que nous sommes "dedans" comme Jésus au désert, le lieu du combat par excellence où l'Esprit le conduit et que nous sommes tentés comme lui par le diable… alors continuons à prier, à supplier, à demander avec insistance : "Père ne nous laisse pas succomber à la tentation… éloigne-nous du Mal, délivre-nous du Malin…"

 

3. De quelle tentation s'agit-il ?

Dans la Bible, il ne s'agit pas essentiellement des tentations ordinaires, bien souvent futiles, que nous éprouvons à longueur de journée. Néanmoins, accumulées, elles peuvent insensiblement menacer notre bonne relation à Dieu et aux autres.

Il s'agit plutôt de la Tentation par excellence, la Tentation de douter de la présence fidèle de Dieu à nos côtés; la Tentation de penser que la foi en Dieu est une pure illusion; la Tentation de désespérer de la vie, des autres, de soi-même; la Tentation de refuser de croire que nos péchés, même les plus graves, Dieu peut les pardonner… car "Dieu est plus grand que notre cœur".

Cette Tentation-là survient bien souvent lorsque nous sommes fébriles, plus fragiles, que nous traversons des moments difficiles… Ainsi à l'approche de la mort, à l'heure du dernier combat, à l'agonie. A l'heure de la mort, le Tentateur est présent, se fait pressant, insistant, semant le doute : "Crois-tu que tu es fils et fille de Dieu ? Et si tu l'étais vraiment, ne penses-tu pas que Dieu serait à tes côtés pour t'apaiser et te réconforter ? Pure illusion !"

Nuit de la foi, de l'aridité et de la sécheresse spirituelles.

Que reviennent alors les paroles de Jésus adressées à ses disciples au jardin des Oliviers, à la veille de mourir : "Priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation, afin de ne pas entrer en tentation."

La Vierge Marie peut aussi soutenir les croyants lors du grand passage… de la Pâque définitive, pour tenir bon jusqu'au bout : "Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen."

 

Abbé Jacques Piton, Le Cardan, juillet-août 2017